Séminaire sur les nouveaux gisements d'emploi et le développement des services de proximité

1. Dates : 25 et 26 Avril 2003.
2. Lieu : Cité des Sciences. Tunis.
3. Organisateurs : ATIJ, Gouvernorat de Tunis et PAOTIC.
4. Participants :
  • Les Ministère de l’Emploi, de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie, de l’Intérieur et du développement régional, de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, du Tourisme, du Commerce et de l’Artisanat, de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs, La Fédération Nationale des Villes Tunisiennes (FNVT)
  • Les élus locaux,
  • Les ONGs intervenant dans le secteur,
  • Des bureaux de formation
  • Des experts nationaux et internationaux
    Contexte et objectifs.

    L'emploi et notamment l'emploi des jeunes constitue la première priorité de l'Etat tunisien. La stratégie tunisienne de promotion de l'emploi, pour la période du Xème Plan de Développement économique et Social (2002-2006) se situe au cœur et à l'intersection des politiques sectorielles. Elle s'appuie sur un large programme de développement des initiatives locales de l'emploi, de déconcentration et de territorialisation de l'action publique, mettant à contribution un vaste réseau d'acteurs, publics, privés et associatifs et faisant appel à l'esprit entrepreunarial des jeunes.

    Détecter les nouveaux gisements d'emplois, recenser les nouveaux secteurs d'activité et les nouvelles filières professionnelles, susceptibles de créer de nouvelles opportunités d'emplois pour les jeunes, est un axe central de l'action gouvernementale. Aujourd'hui, la juxtaposition, d'une part d'un chômage de jeunes-somme d'énergie, de compétences et de capacités de travail inemployées- et d'autre part, de besoins non satisfaits, est en effet, inacceptable.

    Dans ce contexte, un intérêt particulier est accordé par les pouvoirs publics, pour favoriser le développement des emplois de services, que toutes les études concordent pour considérer qu'ils sont porteur d'un fort potentiel de développement (les tunisiens, consomment de plus en plus de services) et qu'ils constitueront un des éléments importants de la lutte contre le chômage. Depuis quelques années, les trains de mesures se succèdent pour favoriser la création d'emplois dans ce secteur. Un dispositif législatif d'incitations fiscales et sociales a déjà été mis en place pour le développement de l'offre de services dans divers secteurs d'activités, dont le commerce, l'hôtellerie, les transports privés, et les NTIC.

    Cependant, l'approche des services de proximité par l'emploi et comme mode d'insertion professionnelle des personnes en difficulté, ne semble pas avoir suscité l'intérêt qu'elle mérite.. Le potentiel des services de proximité, naturellement induit par l'évolution des besoins de la société, reste encore mal connu et peu identifié, alors qu'il devrait s'imposer comme une des voies à explorer pour lutter contre le chômage et un creuset intéressant pour le développement de nouveaux savoir-faire spécifiques et pour la création de nouveaux emplois.

    Dès les années quatre-vingt, plusieurs pays ont pris conscience du potentiel que représentent les emplois de proximité et ont mis en place une série de programmes et de mesures pour les promouvoir. Depuis, les expériences se sont diversifiées et multipliées, mettant en relief l'importance de ce nouveau créneau dans la promotion de l'emploi et de la prise d'initiative à l'échelon local.

    Par services de proximité, on entend généralement l'ensemble des services fournis aux ménages et dont la prestation est réalisée localement.

    Quel avenir pour les services de proximité en Tunisie ?

    Bien que l'on dispose de peu de données chiffrées sur la demande réelle de services de proximité en Tunisie, les études manquant cruellement à ce sujet, nous savons, grâce à l'analyse des tendances et de l'évolution de la société tunisienne, que la demande potentielle est extrêmement importante, en particulier en ce qui concerne les services à fort contenu social, comme les soins aux personnes âgées et la garde des enfants.

    Des besoins nouveaux et non satisfaits existent aujourd'hui dans notre pays. Ils résultent d'un mouvement d'ensemble de l'évolution de la société tunisienne et sont à l'intersection de plusieurs facteurs démographiques, socio-économiques et culturels. Cependant, deux causes essentielles sont à l'origine de l'émergence de ces besoins :

  • L'accroissement du taux d'activité féminin qui se traduit par des modifications profondes dans les modes de gestion de la sphère familiale et domestique et dans le rapport au temps des femmes et des hommes. Divers travaux conduits par le CREDIF montrent que la charge de travail des femmes, le plus souvent plus lourde que celle des hommes, est à l'origine du syndrome de la " double journée féminine ", qui se traduit par un accroissement du stress et de la dégradation relative des conditions de vie : les principaux services recherchés par les ménages sont les différents modes de garde d'enfants, les services d'entretien et de maintenance du domicile, les services divers à domicile. Les services semi-collectifs viennent compléter cette gamme : il s'agit de services récréatifs et culturels en faveur des jeunes, des services de formation et d'éducation des adultes et des services de sécurité de proximité.

    Cette double évolution, qui se caractérise par la recherche d'une externalisation d'un certain nombre de fonctions qui étaient autrefois assurées dans le cadre familial et relationnel proche, implique que les ménages, quelque soit leur âge, ont besoin de faire appel à d'autres personnes pour gérer une partie des tâches qui leur incombent naturellement, du fait de la vie quotidienne.

  • L'évolution démographique et les progrès médicaux conduisent à un accroissement important du nombre de personnes âgées et à l'allongement de leur durée de vie. Cela implique en même temps un renforcement massif de leur prise en charge sous tous ses aspects, santé, vie quotidienne, loisirs etc, qui ne peut être assuré par leur seule famille et qui provoque une quasi explosion des besoins en matière d'accompagnement, de soins, d'activités sociales et d'aide à domicile.

  • L'émergence de nouveaux problèmes sociaux liées à la société post-industrielle :
      Services de l'environnement : comme la protection et la conservation des zones naturelles, la gestion des ressources naturelles et conservation de la nature, la gestion des résidus et le recyclage des déchets solides, l'embellissement des villes etc

      Services liés aux loisirs, au sport et à la culture.
      Les services d'encadrement des jeunes, de lutte contre l'exclusion sociale et l'insécurité.

      Il est donc inacceptable que nous assistions à la fois à une demande d'emploi des jeunes de plus en plus importante d'une part et à l'émergence de nouvelles attentes et de demandes de services non satisfaites d'autre part, sans prendre la peine d'y voir de plus près et de prendre les mesures qui s'imposent.

      C'est dans ce contexte que le développement des services de proximité représente un enjeu majeur pour notre pays. Enjeu majeur, parce qu'il va permettre d'améliorer la qualité de la vie des citoyens d'une part et d'enrichir la croissance en emplois et la création de nouvelles activités pour les jeunes demandeurs d'emploi, d'autre part.

      Cependant, si le développement de ces services, s'impose incontestablement comme une voie à explorer, il ne doit pas être laissé au hasard. Trois conditions minimales devraient être remplies à l'avenir.

      a) Améliorer la connaissance qualitative et quantitative dans ce type d'activités.
      A l'heure actuelle, la méconnaissance qualitative et statistique que nous avons de ce secteur et le manque de structuration de l'offre, constituent un obstacle de taille à l'éclosion de ces nouvelles activités. C'est pourquoi, un premier prérequis consistera à combler l'écart existant entre la réalité les données disponibles aujourd'hui sur l'offre et la demande de ces services. Plusieurs outils, ciblant différents publics, pourraient être envisagés. Pour les pouvoirs publics, il s'agirait de développer à la fois les études prospectives sur la demande, qui permettraient aux offreurs de services de mieux cibler leur marché et les statistiques et notamment la connaissance quantitative du secteur associatif, de plus en plus présent dans les services de proximité.

      b) Promouvoir la qualité de l'emploi.
      Ensuite, il faudra veiller à promouvoir la qualité et un statut stable pour les travailleurs , dans le domaine de création d'emplois de proximité, car l'obstacle à leur développement est également d'ordre culturel et l'image que l'on colle à ce type d'activités est très souvent celle de " petits boulot ", symboles de précarité et de domesticité.

      c) Soutenir l'offre et la demande.
      Enfin, il s'agira pour les pouvoirs publics de stimuler à la fois l'offre et la demande dans ce secteur des services. Agir sur la demande, en modifiant les comportements de consommation et les a priori culturels vis-à-vis des services aux personnes d'une part, et en solvabilisant la demande d'autre part.

      Du côté de l'offre, le pari doit être engagé sur la formation des prestataires de services et l'octroi de vrai statuts, qui permettrait de briser l'image négative véhiculée, par une part au moins des services de proximité. De nombreuses personnes, y compris des diplômés de l'enseignement supérieur pourraient être alors attirée par des tâches, qui font appel à la responsabilité et à l'autonomie et qui ont une utilité sociale manifeste.

      L'autre défi, en matière de structuration de l'offre sera de susciter l'émergence d'un nouvel entrepreneuriat d'économie sociale, en soutenant activement les initiatives des jeunes fondateurs aux plans financier et techniques et en encourageant la participation des partenaires privés à la promotion de cette " autre économie ". Plusieurs outils de financement existants, à l'instar de ceux de la BTS ou du Fonds National pour l'Emploi (21-21) peuvent profiter au démarrage d'entreprises sociales. Il serait souhaitable d'envisager l'organisation de cours universitaires et de stages de formation spécifiques, destinés à valoriser les savoir-faire dans les divers secteurs d'activités.

      Dans le cadre de ses activités pour l'année 2003 l'Association Tunisienne pour l'Emploi des Jeunes (ATIJ), en collaboration avec le Programme d'Appui aux Organisations Tunisienne d'Inter-Coopération (PAOTIC) se proposent d'organiser un séminaire national sur le développement des services de proximité en Tunisie.

    Ce séminaire qui rassemblera les principaux opérateurs concernés par la question, dont notamment le Ministère de l'emploi, le MAFF, le Ministère de l'Environnement, les collectivités locales, les acteurs de la société civile, ainsi que des experts européens, aura pour principaux objectifs :

  • D'engager un débat sur le développement des services de proximité en Tunisie, dans la logique des nouveaux gisements d'emplois.
  • De favoriser l'échange d'expérience et les transferts de savoir-faire entre les pays d'Europe et la Tunisie dans ce domaine.
  • De répondre à la demande d'accès à l'emploi des publics en difficulté d'insertion, en rendant plus lisibles les nouvelles opportunités d'emploi, dans le secteur des services de proximité.
  • D'examiner le potentiel de création d'emplois dans les services de proximité en Tunisie et de recenser les nouvelles activités et les nouveaux services, dans le contexte actuel d'émergence de nouveaux besoins liés aux mutations sociales.
  • De délimiter, dans les nouvelles opportunités d'emploi, les secteurs en lien avec de nouveaux besoins de services.
  • De permettre l'identification de pratiques novatrices d'insertion des publics en difficulté, complémentaires et non concurrentes à la structuration de nouveaux aspects du marché du travail.
  • D'identifier les enjeux d'une articulation entre services de proximité et développement local.
  • D'identifier les types de partenariats et les opérateurs susceptibles de promouvoir le développement des nouveaux services de proximité.
  • D'examiner les moyens financiers et les outils mis en place ou à mettre en place pour encourager le développement de ce type d'activités, ainsi que les qualifications requises pour les exercer et les formations spécifiques ou complémentaires que celles-ci impliquent.

    Au delà de l'intérêt de débattre de la notion de proximité, qui renvoie à l'émergence de nouveaux besoins liés aux transformations des liens sociaux, c'est la contribution à recherche de nouvelles opportunités d'emplois pour les jeunes en difficulté et l'appui à la politique nationale en la matière, qui a guidé à l'organisation de ce séminaire.